Sélections
Chapitre Douleur et fièvre :
- Douleur nociceptive aigue ou chronique sévère, uniquement après échec des autres étapes de traitement et pendant la durée la plus courte possible. Dans la douleur nociceptive chronique, le traitement médicamenteux ne représente qu'un seul aspect de la prise en charge globale de la douleur et doit s'intégrer dans une approche pluridisciplinaire (voir 8.1. Approche médicamenteuse de la fièvre et de la douleur rubrique "Positionnement").
Système uro-génital :
- Colique néphrétique (par voie sous-cutanée): deuxième choix en cas de contre-indication ou d'effet insatisfaisant du diclofénac.
Posologie
Douleur nociceptive sévère :
* Pour la prise en charge de la douleur en soins palliatifs, voir 8.1. Approche médicamenteuse de la fièvre et de la douleur rubrique « Positionnement»)
Colique néphrétique :
- Une injection** sous-cutanée de 10 mg.
** Les ampoules de chlorhydrate de morphine à 10 mg (aussi 20 et 30 mg) peuvent être prescrites en tant que préparation magistrale préfabriquée et font l'objet d'un remboursement (avec un maximum de 10 ampoules).
En cas d'insuffisance rénale
- Si DFG entre 30 et 60 ml/min : 75% de la dose normale.
- Si DFG < 30 ml/min : 50% de la dose normale.
- Titrer d'après la réponse clinique.
Précautions particulières
- Le risque d’abus ou de dépendance avec les opioïdes est plus
élevé chez les patients présentant des antécédents de dépendance,
notamment à l’alcool. Le risque de dépendance est probablement plus
grand avec l’oxycodone, et pourrait l’être aussi avec le fentanyl.
- En cas d'utilisation chronique, les préparations à longue durée
d'action sont à préférer; l'utilisation systématique de préparations
à courte durée d'action est à éviter, sauf en cas d'accès douloureux
paroxystiques.
- L’utilisation d’opioïdes puissants dans les douleurs chroniques
chez des patients non cancéreux est très controversée [voir Folia de septembre 2016]. Dans ce contexte spécialement,
une évaluation biopsychosociale approfondie doit être réalisée au
préalable. Un suivi médical rapproché et des réévaluations périodiques
sont nécessaires.
- Certaines études suggèrent que le recours à des opioïdes à longue
durée d’action plutôt qu’à courte durée d’action pour des douleurs
non cancéreuses provoque plus de surdosages involontaires surtout
en début de traitement.
- Aussi bien le myosis que la mydriase sont des signaux d'alarme
dans les intoxications. Le myosis indique un surdosage dans une situation
aiguë mais peut être absent en cas d'intoxication chez les consommateurs
chroniques. En cas de surdosage aigu avec dépression respiratoire
sévère et manque d'oxygène, une mydriase peut se produire.
- La prudence s'impose chez les personnes âgées et les patients
souffrant d'insuffisance rénale ou hépatique vu le risque d'un effet
plus prononcé.
- La codéine est une prodrogue qui est transformée au niveau du
CYP2D6 en morphine. Un effet excessif a été observé chez les métaboliseurs
ultrarapides de la codéine [voir
Folia de décembre 2006]. Par contre, chez les métaboliseurs lents (5 à 10% de la
population d’origine européenne), l’effet antalgique de la codéine
peut être insuffisant.
- En cas d’usage chronique d’un opioïde, il convient de lutter
préventivement contre la constipation au moyen d’un traitement laxatif
[voir Folia de janvier 2003]. La méthylnaltrexone
(voir 8.4. Antagonistes
opioïdes) peut également être utilisée. Dans
l'association fixe oxycodone + naloxone (voir 8.3.2. Associations analgésiques + opioïdes), la naloxone est ajoutée afin de lutter contre la constipation
induite par l'oxycodone: sa supériorité par rapport à un traitement
laxatif classique n’est toutefois pas prouvée.
- Buprénorphine: la buprénorphine est disponible sous différentes
formes et à différents dosages. Des cas d’erreurs de prescription
et de délivrance ont été rapportés. La plupart du temps cela concernait
la buprénorphine sublinguale aux dosages de 200 µg (utilisé dans le
traitement de la douleur modérée à sévère) et de 2 mg (utilisé dans
le traitement de la dépendance aux opioïdes), voir
10.5.3. Médicaments utilisés dans la dépendance aux opioïdes (DSM 5: trouble
d’utilisation des opioïdes). La prudence est donc recommandée en cas de prescription
et délivrance de buprénorphine sublinguale. La
buprénorphine sublinguale en monopréparation avec pour indication
la dépendance aux opioïdes n’est plus commercialisée depuis janvier
2026.
- Dispositifs transdermiques:
- Il est très important de suivre correctement les modalités pratiques
telles que décrites dans le RCP. Des effets indésirables graves ont
été rapportés suite à un usage inapproprié, même avec les patchs usagés
d’opioïdes, chez des enfants p.ex. [voir Folia de septembre 2012]. L’absorption transdermique augmente en cas de fièvre,
de transpiration abondante et d’exposition à des sources de chaleur
(p.ex. douche, bouillotte). L'effet des dispositifs transdermique
est moins contrôlable en raison de leur libération, qui varie en fonction
de l'épaisseur de la couche de graisse sous-cutanée, et de leur longue
demi-vie d'élimination (jusqu'à 40 heures après le retrait).
- Les dispositifs transdermiques ne peuvent pas être découpés
selon les RCPs [voir Folia de septembre 2012 et Folia de décembre 2019]. Pour les patchs
matriciels actuels (tous les patchs de fentanyl et de buprénorphine
en Belgique), le découpage ne pose probablement aucun problème, mais
des incertitudes subsistent à ce sujet, et cela reste un usage « off-label ». En cas de dommage, ils ne peuvent pas être appliqués.
- Pour les patchs usagés, il est demandé aux patients de les replier
fermement en deux de sorte à ce que la face adhésive colle sur elle-même
et de les conserver dans leur emballage d’origine. Il est conseillé
de les conserver dans un endroit sécurisé (hors de la portée des enfants
notamment) et de les ramener en pharmacie afin qu’ils soient éliminés
correctement. Cela permet d’éviter tous risques d’accidents et de
mésusage.
- La teneur en sodium des préparations effervescentes (comprimés,
poudres, granulés) peut poser des problèmes chez les patients devant
suivre un régime pauvre en sel. Une étude observationnelle récente
signale une augmentation des maladies cardiovasculaires et de la mortalité
lors de l'utilisation à long terme de médicaments à haute teneur en
sodium (voir Folia de mai 2023).